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vendredi 12 août 2011

La vente à découvert, une pratique risquée

La Grèce les a interdites en début de semaine. La France, l'Italie, l'Espagne et la Belgique ont pris la même décision, jeudi 11 août dans la soirée : les ventes à découvert sont interdites pour les valeurs financières. En France, l'Autorité des marchés financiers (AMF) a interdit cette technique sur les titres émis par les grandes banques et sociétés d'assurance, comme AXA, BNP Paribas SA, le Crédit agricole ou encore la Société générale.

PARI À LA BAISSE

Appelée "short selling" ou "shorting" en anglais, cette technique consiste à vendre un titre dont on anticipe la baisse. Et qu'on ne possède pas toujours, du moins pas encore au moment de la vente. Le vendeur s'engage en fait à fournir un titre à un certain prix à une certaine date, en faisant le pari que le cours de ce titre va baisser entretemps.

La vente à découvert peut être un emprunt : l'acheteur emprunte un titre en échange de la promesse de le rendre quelques jours plus tard au moment de la "liquidation". Il va ensuite le vendre, dans l'espoir que le cours baisse et qu'il puisse le racheter moins cher avant de le rendre à son prêteur. Lorsque la vente a découvert est gagée sur un emprunt de titre, elle peut en outre être reportée.

Elle peut aussi se pratiquer "à nu" : dans ce cas, l'acheteur n'emprunte rien : il se contente de vendre à terme des titres qu'il ne possède pas encore. Il parie alors sur la baisse du cours de ce titre, pour pouvoir l'acheter à moins cher que ce qu'il a promis de le vendre. Mais, pratiquée massivement, cette technique peut provoquer la baisse des cours que souhaitent les vendeurs.

UN MÉCANISME DANGEREUX

Ce mécanisme présente plusieurs dangers. Le premier étant que lors d'une vente à découvert, le vendeur n'est pas obligé de posséder l'argent pour acheter ce qu'il compte vendre. Contre paiement d'une commission dite "de règlement différé" (CRD), il pourra ne payer que cinq, dix voire vingt jours plus tard, à condition que les titres en question soient éligibles au SRD ("service du règlement différé"), ce qui est le cas de la plupart des grandes capitalisations boursières.

Ensuite, une vente à découvert peut également se faire sans posséder l'intégralité de l'argent pour l'achat des titres, ce qu'on nomme "effet de levier" : il suffit d'avoir de 20 % (pour les bons du Trésor) à 40 % (pour les actions) du montant total qu'on doit régler pour acheter, en faisant le pari que le gain obtenu va permettre de rentabiliser le tout. Pour le vendeur, un mauvais pari peut s'avérer catastrophique : s'il a utilisé l'"effet de levier" en anticipant une baisse qui n'a pas eu lieu, il risque de perdre très gros.

Les ventes à découvert peuvent également être confiées... à des ordinateurs. Cette pratique de "trading automatique" joue sur des écarts très resserrés dans le temps, et souvent à de larges échelles : un programme informatique est chargé de pratiquer la vente et le rachat très rapide de titres dès que ce dernier s'oriente à la baisse. S'il est trop massif, ce trading automatique présente le risque de "déformer" les cours en amplifiant les baisses. Autre accusation récurrente : l'alliance de ventes à découvert avec des "rumeurs de marché" lancées intentionnellement pour favoriser la baisse d'un titre.

UNE INTERDICTION CONTRE-PRODUCTIVE ?

Autant de pratiques qui rendent les ventes à découvert dangereuses. Pour autant, leur interdiction n'a pas toujours l'effet escompté. Au cœur de la crise financière, en septembre 2008, la France avait déjà interdit ce type de vente. Elles ont été rétablies en février 2011, et devaient être mieux encadrées.

D'autres pays, de l'Allemagne au Royaume-Uni, avaient pris des décisions similaires. Or, selon des études économiques réalisées par la suite, cette interdiction n'a qu'un effet limité. Et présente des risques : en limitant la spéculation à la baisse, elle maintient artificiellement le cours d'un titre et risque de provoquer sa sur-évaluation. Sans compter le signal qu'elles envoient aux opérateurs de marché, qui risquent d'en déduire que la situation est grave.

mercredi 10 août 2011

Les 5 raisons de l'affolement des marchés

Ce soir, après 11 séances de chute et 1 matinée de redressement, le CAC 40 a replongé pour finir à 3 002 points soit une baisse de -5,45%. Comme je l'expliquais dans un précédent post, le krack est de -22% et deviens donc plus important que la crise financière de 2009 (-20%).

La capitalisation boursière au 10/08 est de 760 milliards. Elle était de 968 milliards au début de la crise. Un rapide calcul nous permet de constater que les entreprises ont perdu 200 milliards en 2 semaines .... Je n'ose pas imaginer les conséquences futures de cette "évaporation" .... Pour ceux qui ne connaissent pas bien le mécanisme de la Bourse, la capitalisation boursière correspond à la valeur d'une entreprise. C'est à dire que c'est la somme qu'il faudrait débourser si l'on souhaitait acheter 100% de l'entreprise. A titre d'exemple pour acheter Total, il faut débourser 76 milliards et pour acheter STMicroelectronics, il faut débourser 4 milliards (et pour acheter Apple, il faut débourser ..... 340 milliards, ce qui fait d'Apple, l'entreprise la plus chère du monde !)

Mais la capitalisation boursière, c'est aussi, et surtout, un moyen pour les entreprises de financer leurs investissements à venir ... Donc plus, leur capitalisation diminue et plus leur trésorerie diminue également. Ce qui peut avoir un impact très violent sur les recrutements, les investissements, etc ....

Imaginez : votre salaire baisse soudainement de 22% mais vos charges restent les mêmes, la fin du mois risque d'être compliquée, non ? Et bien pour les entreprises cotées en Bourse, c'est un peu la même logique.

Ceci étant dit, essayons de comprendre ce qu'il se passe. L'affolement des marchés est dû à une conjonction de facteurs macro-économiques qui déboussolent les investisseurs et créent un climat de panique faisant fortement chuter les Bourses mondiales. Tour d'horizon.


1) LA DETTE COLOSSALE DES ETATS-UNIS, DONT LA NOTE A ETE ABAISSEE

La première économie du monde a une dette faramineuse de 14.300 milliards de dollars et un déficit annuel de 1.600 milliards.

Son président Barack Obama n'a réussi à arracher qu'in extremis un accord avec ses adversaires républicains, le 2 août, pour éviter un défaut de paiement et donc la faillite du pays.

Mais ce compromis a été jugé insuffisant par l'agence de notation Standard and Poor's en raison notamment des concessions aux républicains, opposés à toute hausse d'impôts. S&P a donc dégradé vendredi 5 août la note des Etats-Unis, jusqu'alors jugé emprunteur de première classe (AAA). Cette sanction, une première dans l'histoire du pays, a fait dévisser les Bourses mondiales lundi alors qu'elles avaient déjà fortement baissé la semaine précédente.

Paradoxalement, les investisseurs restent confiants dans les capacités des Etats-Unis à honorer leurs dettes: les emprunts américains sont toujours très prisés et leurs taux n'ont pas grimpé.


2) APRES LA GRECE ET LE PORTUGAL, L'ENDETTEMENT DE L'ITALIE ET DE L'ESPAGNE

Depuis plusieurs semaines, les marchés sont tourmentés par la crainte d'une contagion de la crise grecque à l'Italie et à l'Espagne, lourdement endettées, et qui représentent à elles deux 30% du PIB européen. Par conséquent, les taux auxquels ces deux pays empruntent sur le marché de la dette ont atteint des records.

Leurs inquiétudes sont nourries par "le compromis illisible du sommet européen du 21 juillet destiné à sauver la Grèce et l'euro", selon l'économiste Elie Cohen.

Ce sommet a pourtant signé une avancée majeure: le fonds de secours de la zone euro pourra racheter des obligations de pays en difficulté à ses créanciers. Mais cette nouvelle compétence ne pourra entrer en vigueur avant la rentrée car il doit être entériné par les Parlements nationaux. Surtout, ce fonds a aujourd'hui une capacité de prêt effective de 440 milliards d'euros, largement insuffisante pour sauver un pays comme l'Italie ou l'Espagne.


3) UNE REPONSE POLITIQUE JUGEE INSATISFAISANTE

A un peu plus d'un an de l'élection présidentielle américaine, les démocrates et républicains se sont déchirés sur la question de la dette, et depuis, les querelles partisanes ont repris, avant même la création de la commission parlementaire censée mettre en oeuvre la réduction de la dette.

"Le débat entre démocrates et républicains a été ubuesque. Les républicains sont quasiment prêts à valider, à espérer une récession pour pouvoir gagner les élections", accuse le gérant d'actions Renaud Murail, de Barclays Bourse. "C'est ce risque de récession qui a douché les marchés".

Dans la zone euro, ce sont les désaccords avec l'Allemagne sur le sauvetage de la Grèce, et le manque de concertation, qui inquiètent.

Plus généralement, les marchés surréagissent alors même que le processus politique est lent par nature.


4) LA PEUR D'UNE RECESSION

Les gouvernements occidentaux se sont engagés à d'importants programmes de rigueur budgétaire pour résorber leur dette. "C'est un cercle vicieux (...) du coup ils baissent les dépenses qui soutenaient l'activité et l'emploi, et donc la croissance ne repart pas", explique Elie Cohen.

A cela s'ajoute que la croissance prévue en début d'année n'est pas aussi bonne que prévu, et que les prévisions vont prochainement être abaissées.

Dans ce contexte, "le marché anticipe une récession", notamment aux Etats-Unis, selon M. Murail. D'autres estiment plus réaliste de tabler sur un "ralentissement" car l'Inde et la Chine continueront à doper la croissance mondiale.


5) LES PERSPECTIVES DES ENTREPRISES REVISEES A LA BAISSE

Même si les résultats du premier semestre ont été plutôt bons, les grands groupes mondiaux sont d'une extrême prudence pour la seconde moitié de l'année.

"Les grandes entreprises industrielles exportatrices notamment allemandes et les groupes de matières premières sont en train de revoir leurs perspectives à la baisse", en prenant en compte le risque d'une récession, selon M. Cohen. Par ricochet, leurs actions baissent en Bourse.